Voici leur histoire . . .
Immigrante juive polonaise, naturalisée française à la veille de la guerre avec son mari, Sabine Zlatin est à Montpellier en 1941. Ayant perdu son emploi d'infirmière en raison des lois antisémites, elle refuse de se laisser abattre. Volontaire et déterminée, elle contacte la préfecture de l'Hérault où elle propose ses services comme infirmière (ci-dessus). La Préfecture la dirige vers l'Œuvre de Secours aux Enfants (OSE). Très présente dans le Sud de la France, cette association développe des activités d'assistance en faveur des enfants internés. Elle s'emploie à faire libérer les jeunes internés par le biais notamment de certificats d'hébergement, pour ceux de moins de quinze ans. Par chance, le personnel de la préfecture de l'Hérault adopte une attitude courageuse en favorisant le sauvetage d'enfants juifs. Benedetti, le préfet régional, Ernst, le secrétaire général de la préfecture, et Fridrici, chef de division, acceptent de délivrer largement de telles autorisations.
Ainsi l'OSE accueille de nombreux enfants au solarium marin de Palavas-les-Flots, mis à disposition par l'abbé Prévost. Au printemps 1942, Sabine Zlatin en prend la direction. Elle participe elle-même à des opérations de sauvetage sans passer par la voie administrative. Dès que cela est possible, elle sort, au besoin, des enfants sous sa cape d'infirmière de la Croix Rouge alors que ceux-ci ne figurent pas sur la liste des libérables, ou elle achète des gardiens afin qu'ils ferment les yeux sur des évasions.
Diane Popowski n'est qu'un nourrisson lorsqu'elle est internée au camp d'Agde. Ses parents ont été déportés le 11 septembre 1942. Sabine Zlatin la sort du camp puis la confie à des amis à Montpellier, la famille Pallarés. Les deux surs Pallarés, Paulette et Renée, passeront l'été 1943 à Izieu, avec la petite Diane. Celle-ci sera cachée jusqu'à la fin de la guerre par la famille Pallarés. Diane vit aujourd'hui au Canada, ainsi que son père rescapé des camps.
Depuis le début de l'année 1942, la destruction systématique des juifs d'Europe est l'un des axes majeurs de la politique hitlérienne. La guerre contre les juifs devient totale. Les nazis les rejettent radicalement hors de la communauté humaine.Le 8 novembre 1942, un événement militaire bouleverse l'Europe hitlérienne. L'opération Torch marque le débarquement des alliés en Afrique du Nord. En réaction, l'armée allemande envahit la zone sud, et occupe ainsi tout le territoire français. Seuls les huit départements se trouvant sur la rive gauche du Rhône sont occupés par les Italiens. Dans cette zone, les juifs ne sont pas pourchassés. Le village d'Izieu se situe en zone italienne.
Au début 1943, les époux Miron et Sabine Zlatin, qui habitent Montpellier, constatent que la situation devient de plus en plus critique. Au cours de l'hiver 1942-1943, les bureaux de l'OSE sont transférés de Montpellier à Vic-sur-Cère (Cantal). Ils songent alors sérieusement à quitter la zone sud.
Les maisons d'enfants réfugiés sont en danger. Parmi elles, la maison de Campestre abrite quatorze enfants. La préfecture de l'Hérault réussit à convaincre les époux Zlatin de les prendre en charge. Vers mars-avril 1943, ils se réfugient avec les enfants en zone italienne, à Chambéry.
Sur les recommandations de Fridrici, chef de division à la préfecture de l'Hérault, Sabine Zlatin rencontre Pierre-Marcel Wiltzer, sous-préfet de Belley, petite ville de l'Ain. Pierre-Marcel Wiltzer use alors de son influence pour aider à l'installation de la colonie. Il sélectionne, avec l'aide d'un inspecteur de la Jeunesse et des Sports, deux propriétés qu'il propose à Sabine Zlatin.
Le choix de Sabine Zlatin se porte sur une grande maison qui se trouve dans le hameau de Lélinaz, à côté du village d'Izieu, à une vingtaine de kilomètres de Belley. Construite à la fin du XIXe siècle, cette vaste demeure est juchée à flanc de montagne, à proximité de la route menant du hameau de La Bruyère au village d'Izieu.
Aux enfants de Campestre s'ajoutent de nouveaux arrivants provenant de différentes maisons d'enfants cachés. D'autres sont directement amenés par leurs parents. Certains, restés seuls après la déportation de leur famille, sont issus du réseau Garel. Leur nombre ne cesse de croître pour atteindre, en septembre 1943, la soixantaine. Un petit groupe d'éducateurs est chargé de leur encadrement. Quant à l'administration de l'OSE, elle verse des pensions pour les enfants dépendant de ses services.
Pour parvenir au hameau de Lélinaz, il faut emprunter une petite route sinueuse en terre. Le site d'Izieu est isolé. L'atmosphère est celle des campagnes : immobile et douce.
Le 8 septembre 1943, l'Italie fasciste capitule. Dès le 9 septembre, les Allemands occupent la zone italienne de la France. Elle n'est plus un territoire de protection pour les juifs. La politique nazie anti-juive s'y applique avec détermination. Les responsables du réseau Garel intensifient leur activité pour cacher les enfants et assurer leur sécurité. L'OSE procède à la fermeture progressive des maisons d'enfants et à la dispersion de leurs occupants.
L'Ain n'est pas épargné par la répression allemande : 184 arrestations, 42 personnes fusillées et 38 maisons incendiées au cours du seul mois de février 1944. La ville de Belley est occupée par les Allemands et compte quelques miliciens. A Glandieu, près d'Izieu, un médecin juif, Albert Bendrihem, est arrêté le 7 janvier 1944. Ce médecin soignait les enfants d'Izieu. Son arrestation inquiète sérieusement les responsables de la colonie et résonne pour Sabine Zlatin comme un signal d'alarme. Le 8 février, la Gestapo rafle le personnel du siège de l'OSE à Chambéry. L'œuvre bascule alors dans la clandestinité totale. Les quelques maisons encore en fonction sont fermées, celle d'Izieu reste en activité, mais les liens avec l'OSE sont coupés.
Dès lors, Sabine Zlatin multiplie les démarches afin de disperser les enfants dans des lieux sûrs. Courant février, elle cherche à céder la maison au Service social d'aide aux émigrants. Elle prévoit de transférer les enfants dans l'Hérault. Le 5 mars, Pierre-Marcel Wiltzer est muté dans un autre département. La colonie perd son principal protecteur et se retrouve complètement isolée.
La dispersion est prévue pour le 11 avril. Le 2 avril, Sabine Zlatin se rend à Montpellier qu'elle considère comme sa base arrière. L'abbé Prévost lui propose de cacher une douzaine de garçons dans un établissement religieux. Mais il est déjà trop tard. La rafle a lieu lors de son déplacement.
Ce jeudi 6 avril, premier jour des vacances de pâques, deux camions et une voiture s'arrêtent devant la maison. La rafle est exécutée avec une rapidité effrayante. Trois hommes en civil, dont deux officiers de la Gestapo de Lyon, et une quinzaine de soldats de la Wehrmacht, rentrent brutalement dans la maison. Ils regroupent avec violence tous les occupants sur le palier. Prévenu par sa sur, seul Léon Reifman échappe à l'arrestation en sautant par une fenêtre du premier étage.
Les voisins Eusèbe Perticoz et Julien Favet sont les témoins impuissants de la rafle. Les enfants et les adultes sont jetés dans les camions comme de vulgaires marchandises. Les cris et les pleurs se font entendre. Le convoi quitte le hameau de Lélinaz. Comme un acte de résistance, les enfants chantent en chur : "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine."
A la faveur d'un arrêt, à Brégnier-Cordon, les Allemands font descendre du camion, à la demande d'une habitante, le seul enfant non juif de la colonie, René Wucher (huit ans). Dans cette opération, seule l'arrestation des juifs intéresse les nazis. Puis, le convoi prend la route de Lyon. Pour les enfants et leurs éducateurs, c'est le début de l'engrenage qui mène à l'extermination.
Sabine Zlatin apprend la terrible nouvelle à Montpellier par le biais d'un simple télégramme que lui transmet Marie-Antoinette Cojean, secrétaire en chef à la sous-préfecture de Belley. Le message est le suivant : "Famille malade, Maladie contagieuse." Elle fit tout pour essayer de les faire libérer mais leur sort était déjà cellé.
Une semaine après la rafle, le 13 avril 1944, 34 des enfants d'Izieu et 4 des éducateurs sont déportés au centre de mise à mort d'Auschwitz-Birkenau par le convoi n° 71. Après trois jours d'un trajet aux conditions inhumaines, ils arrivent sur la "Judenrampe" où l'on procède à "la sélection". Les enfants sont directement dirigés vers les chambres à gaz, ainsi que les époux Eva et Moïse Reifman. Leur fille Suzanne Reifman et Léa Feldblum sont dirigées vers les kommandos de travail. Alors qu'elle entend pleurer son fils Claude, Suzanne décide de le rejoindre dans l'autre file, celle qui mène directement à la mort.
Les autres enfants et éducateurs d'Izieu sont déportés puis assassinés à Auschwitz par les convois n° 72, n° 74, n° 75 et n° 76, entre le 20 avril et le 30 juin 1944. Quant à Miron Zlatin et aux deux adolescents de la colonie, Théo Reis et Arnold Hirsch, ils sont déportés par le convoi n° 73 du 15 mai 1944, uniquement constitué d'hommes jeunes, à destination de l'Europe du Nord. Transférés à la forteresse de Reval en Estonie, ils effectuent des travaux forcés dans une carrière, avant d'être fusillés à la fin du mois de juillet 1944.
Aucun des enfants ne reviendra. De tous les éducateurs, seule Léa Feldblum a survécu.